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Boucle du Hainaut : un projet à haute tension

Rédaction : 23 octobre 2020

"Le projet Boucle du Hainaut consiste en la réalisation d’une nouvelle liaison électrique aérienne d’un niveau de tension de 380 kV et d’une capacité de transport de 6 GW entre les postes d’Avelgem et de Courcelles" peut-on lire sur le site officiel du projet.

Le projet de la Boucle du Hainaut vous inquiète ? Réagissez, étudiez le projet, observez les éventuelles atteintes à l'environnement, fédérez-vous et agissez! Natagora vous fournit les clés de lecture essentielles ci-dessous : mise en contexte, étude ornithologique et décryptage réglementaire.

Eléments de contexte autour de la mobilisation citoyenne

Natagora étant une association reconnue pour ses travaux scientifiques, nous tenons à rester précis et mesurés lorsque nous avançons des arguments scientifiques. Nous nous permettons donc de rappeler que Natagora n'a pas réponse à toutes les questions -par ailleurs probablement légitimes- des citoyens et collectifs qui nous sollicitent.

Nous avons par ailleurs à cœur d'outiller notre public lorsqu'il pense observer une nuisance environnementale, c'est le sens de notre projet de Réaction Locale. Dans cette optique il est important de comprendre que Natagora ne formule d'avis "que" sur les impacts concernant la biodiversité. Pourtant bien d'autres questions pertinentes existent dans une perspective environnementale : impact sanitaire, bien être animal, impact sur l'agriculture, etc. Nous recommandons donc de consulter l'avis d'autres structures pour vous forger le vôtre comme par exemple IEW, la FUGEA ou encore la FWA (liens disponibles en fin d'article).

C'est nourri par tous ces avis que nous espérons voir des collectifs citoyens, affiliés à Natagora ou non, se saisir d'un dossier et de décider de la marche à suivre par eux-mêmes. Un collectif organisé rassemblant des riverains pouvant avoir au moins autant d'impact qu'une association centralisée comme la nôtre. Ce processus prend du temps mais la procédure générale va durer durant de longs mois, mettons donc ce temps à profit pour nous organiser. Certaines régionales Natagora ont déjà commencé comme Natagora Dendre et CollinesNatagora Centre Ouest Hainaut ou Natagora Haute Senne.

Quels impacts?

Il est plutôt rare qu'un projet d'une telle ampleur (traversant deux régions et de nombreux milieux) se présente à nous. Sans surprise, beaucoup de volontaires et de riverains ont interpellé Natagora à travers sa cellule Réaction Locale pour essayer de comprendre quelles implications pourrait avoir ce projet sur la biodiversité ainsi traversée.

Pour ce genre de grands projets nous listons différents sortes d'impacts selon le tableau suivant :

  Durant les travaux Une fois les travaux finis
Sur les espèces   --> l'étude d'Aves <--
Sur les milieux    

Historiquement la société Elia, initiatrice du projet, a interpellé Natagora dans une démarche de réduction des impacts entre l'avifaune et son réseau électrique existant en 2012 déjà. Une étude, disponible sur le site d'Aves, a permis d'identifier les zones à risque à l'époque. (EDIT du 16 décembre 2020) Cette étude a été mise à jour et les nouveaux résultats sont publiés ici

L'étude étant rédigée en Anglais (pour éviter de tout rédiger deux fois dans le contexte linguistique belge) et étant plutôt destinée à un public (très) averti, nous avons organisé une soirée de présentation virtuelle dudit rapport, animée par Jean-Yves Paquet, directeur du département Études de Natagora, afin d'en exposer les grandes lignes et conclusions. Vers la fin de la présentation ces données ont été croisées avec le tracé de la future Boucle du Hainaut.

La vidéo de la présentation a été capturée et est disponible à la demande à l'adresse reactionlocale@natagora.be.

Quelques précisions sur la portée de l'étude

L'étude d'Aves et sa mise à jour portent uniquement sur les impacts des lignes électriques aériennes sur l'avifaune à l'échelle du territoire belge. Il est possible que localement des impacts soient observables et, comme le rappelle Jean-Yves Paquet, le meilleur moyen de contribuer à les rendre visible est de les encoder dans le portail de sciences participatives qu'est observations.be.

Afin d'étendre la vision que nous portons sur ce dossier, nous avons interrogé nos collègues spécialistes des chauves-souris (Plecotus) et des batraciens (Rainne) et ils nous ont expliqué que la littérature scientifique existante ne permet pas de mettre en évidence un impact négatif notable dans des cas similaires. Dans certains cas même, lorsque des mesures compensatoires sont mises en place, c'est même l'inverse que l'on peut observer(voir le lien vers l'étude d'Ecofirst sur le sujet).

Notons enfin qu'il existe peut-être également des impacts environnementaux que ceux sur la biodiversité sur lesquels nous ne sommes pas qualifiés pour nous exprimer en tant qu'association de protection de la nature en Wallonie et à Bruxelles. Nous pensons notamment aux impacts liés à l'excavation ou à l'énergie grise cachée derrière l'implémentation et l'entretien des lignes. La question de la production et la consommation énergétique belge est aussi un vaste sujet qui requiert une expertise que nous n'avons pas à ce jour en interne.

Aujourd'hui une "RIP", et demain ?

Dans tous les dossiers de ce type nous observons plusieurs étapes. La première longue procédure (minimum 2 ans) vise à permettre au demandeur (Elia) d'aboutir sur l'autorisation d'installer dans les zones concernées. Cette phase a pour but la modification du plan de secteur (v. lien en fin d'article).

En cas de réussite, s’en suivra une autre longue phase (minimum 7 mois) : la demande de permis unique.

Révision du plan de secteur

La possibilité d'envoyer un avis se clôturait ce 12 octobre 2020 dans le cadre de la modification du plan de secteur devant permettre à ce type d’aménagement de se développer dans les parcelles concernées.

Nous sommes dans les premières étapes de cette procédure: la réunion préalable d’information. Dans la mesure du possible durant cette période, il est important de signaler au service urbanistique de votre commune vos inquiétudes mais aussi vos connaissances.

Par exemple, certain·e·s d’entre vous ont fait un remarquable travail en identifiant les réserves naturelles, réserves domaniales et SGIB (Sites de Grand Intérêt Biologique) sur le tracé et en interpellant les autorités publiques sur la protection spécifique de ces zones.
Certain·e·s ont fait une analyse de la nature des zones biologiques. Par exemple, en explicitant s'il s’agissait d’étang avec du passage d’oiseaux migrateurs et donc qu’il était impensable de mettre une ligne à haute tension au-dessus (alors que ç'aurait été envisageable au-dessus d'une zone de pré de fauche ou encore un bocage pâturé à partir du moment où aucun pylône ne s’installe dans la zone elle-même).

Vous n’êtes pas naturaliste mais la biodiversité a de l’importance pour vous?
Pourquoi ne pas exiger qu’une analyse poussée de chacun des milieux ayant une valeur biologique soit réalisée à minima sur l’ensemble des SGIB, réserves naturelles, réserves domaniales, parcs naturels et toute autre zone reconnue comme présentant un intérêt pour la biodiversité ou le paysage.

Demande de permis unique

Si le gouvernement venait, au terme de cette première phase, à valider la révision du plan de secteur, alors une phase de demande de permis unique pour l’ensemble de l’installation serait ensuite introduite. 

La première étape de cette procédure serait de nouveau une RIP (Réunion d’Information Préalable). Puis le dépôt de la demande de permis serait accompagnée de l'EIE (Etude d'Impact Environnemental) et enfin une enquête publique de 30 jours devrait clore la procédure habituelle.

Vous l'avez compris, des moments de concertation auront encore lieu et sous différentes formes (courrier d'enquête publique et commission de concertation) d'ici la fin de la procédure. À cette occasion nous vous inviterons à user et abuser de nos outils de "Réaction Locale" dont la fiche "outil 2 RW - Le courrier d'enquête publique".

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